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Simone YANKEY–OUATTARA : « les gouvernements sont tenus d’offrir des chances égales aux filles et aux femmes, aux garçons et aux hommes afin d’assurer le développement socio-économique du Continent »

Mme Simone YANKEY OUATTARA est actuellement Fonctionnaire Principale en charge des politiques éducatives au Centre International de l’Union Africaine pour l’Education des Filles et des Femmes en Afrique (AU/CIEFFA)

Basé au Burkina Faso, le Centre International de l’Union Africaine pour l’Education des Filles et des Femmes en Afrique est en charge de promouvoir  l’éducation des filles et des femmes en Afrique. Avant d’occuper cette fonction, elle a  occupé le poste de Fonctionnaire Principale en charge des programmes sur le genre  et les droits de la Femme à la Direction Femmes, Genre et Développement à la Commission de l’UA à Addis Abeba en Ethiopie. En Belgique, elle a travaillé comme Travailleur sociale bénévole à Bruxelles dans une ASBL. Dans son pays la Côte d’Ivoire elle a été conseillère juridique dans l’ONG sur les Arts, la culture et les droits de l’Homme. Elle est mariée et mère de 3 enfants.

Dans une interview exclusive, elle lève un pan de voile sur les obstacles lié à l’éducation des filles et des femmes en Afrique.

Femme d’Afrique Magazine : Qu’est ce qui justifie le faible taux de rétention des filles Africaines dans le système éducatifs ?

Mme Simone YANKEY OUATTARA : Plusieurs raisons expliquent que l’éducation de la fille en Afrique soit toujours à la traine. Généralement on ne voit que les raisons liées aux pesanteurs socio-culturelles et religieuses (souvent interprétées à tort en défaveur de la scolarisation de la fille). Malheureusement ces facteurs engendrent les mariages précoces des filles, exposent les filles aux grossesses précoces.

En plus de ces facteurs sociaux s’ajoutent l’environnement familial, communautaire et scolaire qui mettent des barrières à l’épanouissement de la fille ce qui la prive de son droit à l’éducation malgré le fait que plusieurs pays ont ratifié des traités internationaux et continentaux qui reconnaissent que l’éducation est un droit humain universel pour tous sans condition de sexe et de classe sociale.

 Les filles font face à une plus grande vulnérabilité lorsqu’un conflit éclate ou lorsqu’une pandémie ou une catastrophe naturelle survient, c’est elle qui court le risque de ne plus continuer sa scolarisation car de son camp de refugié ou de déplacé interne, elle risque d’être victime de viol, de sa maison ou aux champs elle risque d’être violée, de tomber enceinte,  de contracter une maladie sexuellement transmissible, et de ne plus pouvoir retourner à l’école ! Nous avons pour preuve des chiffres alarmants qui prouvent que pendant la fermeture des classes avec la COVID-19 en Afrique de l’ouest et en Afrique Centrale 60 % des filles n’ont pas pu bénéficier de l’apprentissage à distance due aux travaux domestiques qu’elles effectuaient comparé à 44% de garçons. Tandis que 328,000 de filles sont tombées enceintes pendant la 1ere année de la pandémie, ce qui les empêchant de poursuivre leurs études.

Comme vous le voyez il y’a tellement de facteurs qui peuvent justifier du faible taux de rétention des filles Africaines dans le système éducatif. Parfois on fait face au refus de la fille elle-même qui refuse d’être scolarisée ou de continuer sa scolarité ! Parce que la famille, la communauté et l’environnement scolaire lui ont fait croire que l’école ce n’est pas pour la fille ou du moins que la fille n’a pas besoin de faire de longues études ! On lui fait un lavage de cerveau en lui disant depuis son bas âge que l’école n’est pas faite pour les filles !  Ou du moins certaines études et ou certains métiers ne peuvent être exercés que par des hommes ! Une fille qui a ses menstrues est vilipendée souvent pas ses camarades de classe en plus du manque d’infrastructures adéquates qui n’encourage pas la fille à se rendre en classe pendant cette période difficile pour elle, surtout que beaucoup de filles souffrent de dysménorrhée (ou règles douloureuses)

FDA : Et que dire du recueil des instruments juridiques et de politiques relatifs au droit des filles et des femmes à l’éducation ?

Mme Simone YANKEY OUATTARA : L’UA/CIEFFA a publié le 16 juin 2020 un recueil portant sur le cadre juridique continental et global relatif à l’éducation des filles et des femmes en Afrique qui s’intitule : en français “Recueil sur les instruments juridiques régionaux et internationaux relatifs à l’éducation des filles et des femmes » et en anglais « Compendium of Régional and International Legal Instruments on Girls’ and Women’s Education »

L’Union Africaine a fait des progrès considérables dans la promotion de l’égalité des sexes sur le Continent grâce à des cadres juridiques et politiques. L’adoption de la Stratégie de l’éducation pour l’Afrique 2016-2025 la SCEA (CESA 2016-2025), qui constitue une étape importante dans le secteur de l’éducation, en est un élément clé. L’égalité des genres et la sensibilité à la dimension genre dans l’ensemble des systèmes d’éducation et de formation constituent l’un des sept piliers de la SCEA. (La stratégie continente pour l’éducation en Afrique)

Les gouvernements sont tenus d’offrir des chances égales aux filles et aux femmes, aux garçons et aux hommes afin d’assurer le développement socio-économique du continent.

Ce recueil d’instruments juridiques, de politiques et de cadres relatifs à l’éducation des filles et des femmes en Afrique est rendu nécessaire par la nécessité de réaliser concrètement les droits des filles et des femmes à l’éducation, ainsi que ceux des garçons, comme le stipule le vaste ensemble de lois internationales et d’engagements intergouvernementaux. Il rassemble et consolide les divers engagements pris par les États membres de l’Union africaine (UA), tant au niveau régional qu’au niveau international et les Nations unies (ONU), pour veiller à ce qu’une approche inclusive soit adoptée en vue de la réalisation du droit des filles et des femmes à l’éducation.

En outre, ce recueil est la première tentative de consolider les normes et engagements internationaux relatifs à l’adoption d’une approche inclusive de l’éducation des filles et des femmes. Il fournit un résumé des seuls textes pertinents de l’instrument concernant l’éducation pour en faciliter la consultation. Pour une lecture détaillée des instruments consolidés, on peut visiter le site web de l’UA CIEFFA (http://www.cieffa.au.int/)  où se trouve les versions anglaises et française de ce recueil ainsi que de son rapport de suivi.

Ce recueil est accompagné d’un document de stratégie qui s’intitule en français « Le Cadre de suivi de la mise en œuvre des instruments juridiques ainsi que des politiques existants relatifs à l’éducation des filles en Afrique » C’est un document que nous avons développé parallèlement avec le Compendium qui fait l’évaluation de la mise en œuvre des différents instruments adoptés, ratifiés et domestiqués par chaque pays membre de l’UA. Ce document accompagnateur apporte également les stratégies à mettre en œuvre pour plus de ratification des traités ainsi que de leur mise en œuvre par les gouvernants.

FDA : En Afrique, les filles embrassent peu les études dans les filières scientifiques

Mme Simone YANKEY OUATTARA : En effet, cette question mérite d’être posée car malgré tous les progrès que nous observons sur l’éducation des filles en Afrique, on constate que le nombre de filles en Afrique qui embrassent les études dans les filières scientifiques reste maigre. Les jeunes femmes sont encore en minorité dans les sciences, la technologie, l’ingénierie, les mathématiques, les sciences et l’innovation (STEM) ainsi que dans les filières de l’enseignement et la formation surtout ceux à prédominance masculine.  Il se trouve que ce n’est en aucun cas une question de prédisposition intellectuelle. À en croire les études TIMSS 2015 et PISA 2012, il semble que les capacités d’apprentissage des hommes et des femmes en sciences soient identiques.

Les raisons qui expliquent cette minorité sont nombreuses dont les stéréotypes de genre. Les filles désireuses de s’inscrire en filière scientifique ou d’apprendre dans les nouvelles technologies comme le coding, la programmation sont souvent découragées par leur environnement familial.  Mais aussi souvent les enseignants qui dispensent les filières en sciences n’encouragent pas toujours ces filles-là à faire ressortir tout leur potentiel de génie mathématique ! Alors la conséquence de telles attitudes amène la fille à se sous-estimer, à penser que les filles ne sont pas faites pour étudier les maths car c’est une discipline réservée aux garçons et aux hommes !

De plus en plus vous verrez qu’on parle de STEAM en y ajoutant la dimension de l’Art (A) afin de valoriser le côté artistique de l’innovation scientifique pour expliquer la complémentarité entre la science, les maths et l’art.

C’est ainsi que depuis l’année dernière l’UA/CIEFFA travaille avec les artistes, les influenceurs pour apporter la dimension de l’art pour faciliter l’apprentissage des STEM. Nous avons même organisé une activité en lien avec le thème du sommet de l’UA de 2021 qui portait sur l’art, la culture le patrimoine culturel en lien avec l’éducation des filles. Par exemple une fille déscolarisée qui fait des tresses, fait du tricotage, de la peinture etc. ne se rends pas compte qu’elle est en train de faire de l’ingénierie, des calculs. Pourtant en face d’une feuille blanche elle ne se sentira pas capable de transcrire son travail ou d’expliquer son travail selon une démarche mathématicienne formelle!

L’UA/CIEFFA travaille avec plusieurs jeunes femmes qui sont aussi de nos ALUMNI  (C’est dire formées en plaidoyer sur le genre et l’éducation en communauté), ce qui fait que nous avons un vaste réseau de jeunes femmes Africaines spécialisés dans des métiers dits d’hommes.

FDA. : Et pour sortir de cet entretien, un mot de fin ?

S.Y.O : Un grand remerciement aux médias car aujourd’hui ils constituent un allié incontestable pour relayer les informations sur le travail que l’UA/CIEFFA et les autres acteurs entreprennent pour faire avancer l’éducation des filles. Ils sont également là pour dénoncer les cas de violences faites aux filles et aux femmes surtout les mariages précoces, les grossesses précoces, les mutilations génitales qui empêchent la fille de continuer sa scolarité. Aujourd’hui l’UA/CIEFFA a compris la nécessité de former les médias sur l’inclusion du genre dans l’éducation, sur l’importance pour les journalistes d’appuyer leurs reportages et écrits par des données désagrégées par genre.

Ensemble pour l’éducation de la fille africaine pour l’Afrique que nous voulons d’ici 2063.

L'auteur