Sous d’autres cieux, totaliser 30 ans est un symbole de responsabilité. On fait face ici à des gens, – hommes ou femmes -, accomplis. Ils ont un boulot stable. Ils entretiennent une relation sérieuse où ils sont mariés, tiennent leurs foyers, éduquent et instruisent leurs enfants. Tout va pour le mieux. Par contre, la réalité est toute autre à Kinshasa où atteindre 30 ans, constitue un âge de toutes les pressions.
30 ans, ça fait vieux non ? À la vingtaine, on se considérait jeune, mais une fois la trentaine atteinte, on se voit vieux et on s’abstient de beaucoup de choses. À coup sûr, c’est l’âge de la responsabilité.
On ne va plus se permettre de dévoiler son âge, bref, c’est désormais une période de la vie qui doit être vécue différemment. Avoir 30 ans à Kinshasa signifie beaucoup. La personne qui atteint cet âge, – homme ou femme -, est vue autrement dans la société Kinoise. En réalité, elle veut être épanouie, émancipée, indépendante financièrement, mais elle ne sait pas par où commencer. Parce que confrontée à plusieurs obstacles qui retiennent sa vie.
À 30 ans, on doit quitter le toit parental

Comme indiqué ci-haut, ailleurs, à 30 ans, on est accomplie sur le plan scolaire et académique, on a un travail qui permet de s’organiser et on n’a plus ses pieds chez les parents.
Curieusement, le constat est amer à Kinshasa surtout lorsqu’on observe le nombre des diplômés que les universités déversent chaque année sur le marché de l’emploi. Il y a un grand écart entre ceux qui obtiennent des postes à la fonction publique, dans les entreprises ou ministères et ceux qui finalement se lancent dans l’entrepreneuriat ou la débrouille. Peu importe leurs efforts, le supplice d’une vie modique ou du chômage rattrape et retarde la vie de plusieurs.
Âgé de 35 ans, Philippe Mutomb s’explique : « Jusqu’à présent, je vis encore sous le toit parental, ce n’est pas parce que je le veux, mais les moyens ne me permettent pas d’avoir même une pièce à louer, c’est très gênant car les rôles devaient s’inverser, je devrai prendre soin de mes parents, malheureusement à mon âge, j’attends encore la nourriture de ma mère ! »
À 30 ans, on doit avoir un travail stable
Plusieurs d’entre ceux qui ont la trentaine sont confrontés au chômage. La ville de Kinshasa compte à cet effet plusieurs chômeurs non payés par l’État. Et pour ceux qui travaillent, ils sont très mal payés.
Kinshasa est inondé par les commerçants indiens, pakistanais, chinois, libanais, qui embauchent les Kinois en leur réservant un salaire de misère incapable d’atteindre l’autre bout du mois.
Ketsia Bubi, vendeuse dans un Supermarché de la place, déplore les conditions de travail et le maigre salaire : « Ils nous exigent d’être là très tôt et partir très tard, avec un salaire de misère, comment alors s’en sortir ? Heureusement que je suis une femme, malgré mes 30 ans, j’attends qu’un homme vienne m’épouser. »
À 30 ans, on doit être marié et tenir un foyer

À Kinshasa, il y a une citation célèbre en lingala qui dit : « mobali azalaka na âge te » ou« l’homme n’a pas d’âge, ndlr ». C’est ce qui fait que la femme soit accrochée à un chrono, pour lui rappeler sans cesse qu’elle n’a pas de temps, ça grouille, il faut se marier.
Au fait, l’homme de 60 ans peut épouser une femme de 25 ans, tandis que l’inverse n’est pas faisable à Kinshasa, pour la femme. La question. Comment organiser un mariage quand on n’a pas de boulot stable ou un revenu mensuel considérable ? Les femmes finissent par se demander si un jour leurs compagnons les honoreront.
Frédéric Muka, entrepreneur Kinois, indique qu’avec la dot exorbitante, les parents n’aident pas les jeunes à se marier à temps : « Comment voulez vous qu’on se marie facilement comme à l’époque de nos parents, au moment où la dot est devenue, un fonds de commerce pour plusieurs famille à Kinshasa ? Déjà, les gouvernants ne nous aident pas, il n’y a pas d’emplois pour les jeunes et autres, on se débrouille, j’ai finalement l’impression que même les parents ne veulent pas le développement de leurs enfants. »
Pour Robert Kanku, père de famille, certes la dot est symbolique, mais en tout état de cause, elle reflète la valeur qu’on donne à sa femme, si l’on n’est pas prêt à la payer, le prétendant devra passer son chemin.
« Je suis contre ces parents qui exagèrent avec la dot de leur fille, mais cette dot est aussi l’occasion de voir la capacité d‘un homme d’entretenir la femme qu’il veut épouser, si déjà il se bat difficilement pour la payer, alors le mariage laisse à désirer », a renchérit Robert Kanku.
Retenons toutefois que ce n’est pas toute la jeunesse Kinoise qui est au chômage, par conséquent, non concernée par le mariage, non. Tous les week-ends, en défilant sur les réseaux sociaux, on tombe sur les photos de demande en mariage ou carrément des couples mariés.
Beaucoup de jeunes Kinois, pour contourner le chômage, se sont lancés dans l’entrepreneuriat, un moyen pour eux de se lancer dans la vie active. Chemin faisant, ils arrivent à économiser. Au final, ils gagnent leur vie, ils se marient malgré la longueur du temps.
Ce que les familles doivent retenir

Les familles Kinoises doivent comprendre que chaque vie est différente de l’autre. D’où, point ne besoin de comparer tel à tel. Sans oublier, chacun sur cette terre des hommes, a son heure de bénédiction et d’ouverture.
En somme, avoir un âge donné, ne signifie pas être responsable. Il y a ceux qui gagnent leur vie très tôt et se maintiennent. Il y a aussi d’autres qui gagnent très tard. Tout dépend du destin de chacun.
Maria Maba




