Portée par plusieurs Kinoises actuellement, la chevillière est une tendance qui a pu conquérir la gente féminine à Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo. Elle est considérée par certaines d’entre elles, comme étant une fantaisie ou un simple ornement corporel à l’image des bagues, des gourmettes ou encore des boucles d’oreilles. Et pour d’autres, la chevillière est un objet de séduction féminine lançant un message clair aux hommes. Lequel ?
« Je suis une femme totalement libre, je n’ai aucun engagement avec un homme ».
On a toujours dit mille traditions, mille façons de concevoir et interpréter les choses. Chaque pays a sa propre histoire concernant les chevillières. Les significations sont parfois similaires et parfois complètement opposées.
Dans beaucoup des traditions africaines et même dans certaines tribus d’Asie, le port d’un bracelet de cheville évoque l’appartenance à une certaine caste ou tribu. Il se porte lors des mariages, fêtes, funérailles ou dans la vie de tous les jours. En Chine par exemple, les bébés portent la chevillière dès leur naissance pour les éloigner des mauvais esprits.
Dans certains pays d’Afrique de l’Ouest, ces chevillières sont portées pour démontrer l’immensité de la richesse de la famille qui la porte. Elle varie selon les matières : on en trouve en aluminium, en argent, en bronze ou mieux en or.
À Kinshasa, la chevillière est une question de look

Cependant, à Kinshasa, cet accessoire est très tendance. Ici, il n’est pas question de tribu, ni d’appartenance familiale, plutôt d’un look « cool ». La chevillière se porte aussi bien par des femmes en union libre que par celles qui sont mariées. Toutefois, si le port de cet ornement corporel semble ne pas déranger celle qui le met, il choque l’opinion publique. Pourquoi ? Au fait, pour beaucoup de gens, une femme qui met au niveau de sa cheville une chaînette, est des mœurs légères, considérée par ailleurs comme « une prostituée ».
Cette conception est liée à plusieurs raisons. Certains se référent aux saintes écritures ou à la Bible où les femmes libres, sans aucun engagement sérieux avec un homme, portaient les chevillières. En Egypte antique, quelques femmes mettaient une chaînette à leur cheville afin de répertorier le nombre d’amants qu’elles avaient pu avoir dans leur vie.
D’autres fondent leur jugement sur le mode de vie de ces Kinoises qui portent ces ornements. Selon eux, ces femmes lancent un message de liberté d’esprit ou carrément qu’elles sont réellement libres et capables d’entretenir plusieurs relations intimes. Ce qui rend beaucoup de Kinois sceptiques et intolérants face aux porteuses des chevillières.
« Une fantaisie qui embellissait mes pieds »
Il est avéré que les Kinoises qui portent les chevillières sont victimes de moquerie, d’insultes et de préjugés. Elles sont très mal vues et condamnées pour leur apparence. Cette discrimination, liée au port de cette fantaisie à la cheville, se justifie par rapport au comportement qu’affichent la plupart des femmes porteuses de cet ornement.
Elles sont souvent fêtardes, et parfois arborent même des piercings ou des tatouages, intensifiant davantage les préjugés sur elles. Pourtant, beaucoup de femmes la portent par simple plaisir ; il y a même des femmes mariées ou engagées avec un homme qui portent ces chevillières. C’est surtout pour satisfaire le fantasme ou envie de leurs époux ou compagnons.

Maria Kambwila, porteuse de la chevillière, explique les raisons pour lesquelles elle en porte : « La raison principale qui m’a poussée à porter une chevillière, c’est mon ex-fiancé. Il trouvait toujours beau et sexy qu’une femme porte une chaîne à la cheville. Et pour le satisfaire, j’avais commencé à la mettre, ne prêtant pas attention aux dires des gens parce que déjà je vis pour moi-même et non pas pour eux. Avec le temps j’avais pris l’habitude, je la considérais comme une fantaisie qui embellissait davantage mes pieds. Et même après notre rupture, je porte ma chevillière, je me sens bien dedans et je vis très bien ma vie. » a-t-elle expliqué.
Si Maria Kambwila connaît les raisons du port de la chevillière, néanmoins plusieurs hommes estiment que peu importe ce qui peut pousser une femme à la porter, elle sera toujours objet des préjugés.

« Ma femme n’en portera pas, je ne l’accepterai jamais »
Le Journaliste Alain Kashala pense que les femmes sont belles sans ces ornements qu’il qualifie de « trop » et fait savoir pourquoi sa femme n’en portera jamais : « Les femmes se compliquent la vie pour rien avec cet ornement de trop, certes elles disent qu’elles trouvent ces fantaisies jolies sur leur corps, mais sans le savoir, elles s’attirent de l’antipathie des autres, ce qui n’est pas bien même si généralement elles s’en foutent. Peu importe la raison qu’une femme peut trouver pour expliquer la présence de la chevillière sur son pied, je ne l’accepterai jamais, ce n’est pas bien, ça les dévalorise, voilà pourquoi ma femme n’en portera jamais. »
Il sied de relever que jusque là à Kinshasa, les hommes ne portent pas les chevillières comme c’est le cas sous d’autres cieux. La vie étant ce qu’elle est, il faut signaler que chacun a ses propres opinions, ses besoins et ses fantasmes. Comprenez plus, tolérez plus et jugez moins.
Maria Maba




