Société

L’exhibitionnisme dans les deuils à Kinshasa : Quand la perte d’un être cher n’affecte plus

Perdre un être cher est une circonstance très douloureuse, réunissant la famille du  défunt  ou de la défunte, les amis et connaissances.

Un moment de recueillement, de prise de conscience, mais aussi d’humilité où l’on s’incline devant la dépouille de la personne disparue, en se rendant compte que la vie est vaine et fragile, malgré les biens matériels que l’on peut posséder.

Curieusement  à  Kinshasa, le deuil est devenu depuis des années, un moment d’exhibition !

Tenez. Il règne une véritable acculturation dans le chef des kinois, particulièrement, des femmes. Une sorte d’insouciance manifestée pendant les funérailles, ces moments difficiles où on constate plusieurs femmes s’adonner à l’exhibitionnisme.

Jadis, aller dans un deuil était un signe de soutien à la famille éplorée. Cela se manifestait par la simplicité des tenues, des coiffures, l’usage des nattes, le port d’un foulard noir ou blanc sur la tête, etc.

A contrario, les choses sont très différentes aujourd’hui où l’on voit des personnes faire des programmes d’achat des nouveaux habits à l’occasion de deuil, certaines y vont dans les salons de coiffure pour une belle manucure, se payer une pose des faux cils, se faire poser les plus belles perruques, question d’être belle lors  des obsèques !

S’exhiber pour attirer?

C’est étonnant, ce changement de mœurs. Cette attitude déroutée de certaines femmes kinoises pendant les cérémonies funéraires.

Selon quelques sources bien informées, elles révèlent que cette attitude qui s’apparente à un phénomène social, est expliquée par le fait qu’on peut se taper, qui sait,  une chance de rencontrer l’homme de sa vie durant cette  circonstance douloureuse, surtout que l’amour n’a pas d’adresse fixe.

Mireille Kabedi, 35 ans, ayant ses deux pieds dans ce phénomène, s’est exprimée en ces termes.

« Faisant parti de ces femmes qu’on qualifie d’exhibitionniste pendant les deuils, je reconnais que cette pratique n’est pas  bonne, parce que nous allons dans les deuils pour soutenir moralement celui ou celle qui a perdu un être cher. Mais, j’aimerai qu’on reconnaisse tous que trouver l’amour de nos jours est devenu comme la recherche d’une aiguille dans une botte de foin.  J’ai 35 ans aujourd’hui et je ne laisse passer aucune occasion qui se présente devant moi qui pourrait me permettre de rencontrer mon âme sœur. Je ne peux pas me limiter dans les fêtes, soirées entre amis, église, etc. Je marche dans la logique que je peux trouver l’amour partout, et ce, même dans les deuils. »

Pour Grâce Wola, ingénieur, il regrette le fait que les gens ne respectent plus les défunts et les familles éplorées.

« Je suis toujours choqué de voir comment certaines femmes profitent de ces moments difficiles pour sortir leurs plus belles tenues. On ne refuse pas, il faut  être propre. Le deuil n’est pas synonyme de mal propreté.  Néanmoins, certaines femmes exagèrent. Et quel message transmettre à la famille qu’on vient consoler ? »

Ruth Mupati pense quant à elle que chacun est libre de faire ce qu’il veut, à partir du moment où ça ne dérange personne.

« Ce qui est sûr, chacun fait ce qu’il veut dans ce monde.  On ne chasse personne dans les deuils, les gens feront toujours ce que bon leur semble. »

Les morts ne reviennent plus, dit-on. Est-ce donc pour cela qu’il faut se comporter ainsi ? Cela paraît comme si la douleur des uns fait le bonheur des autres.

La célèbre phrase : « Nous ne t’oublierons jamais » a perdu sans nul doute tout son sens avec ce phénomène social. Il y a sûrement nécessité de passer à une remise en question  pour l’éradiquer.

Maria Maba

 

L'auteur

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