Santé

Contraception en RDC : Entre droit au choix, dialogue dans le couple et accompagnement médical

 

La contraception demeure un sujet sensible dans de nombreux foyers en République Démocratique du Congo. Entre croyances religieuses, traditions, manque d’informations, peur des effets secondaires et désaccords au sein des couples, le choix d’une méthode contraceptive suscite encore de nombreux débats.

Pourtant, la législation congolaise reconnaît le droit des personnes en âge de procréer à accéder à la contraception. La Loi n°18/035 du 13 décembre 2018 fixant les principes fondamentaux relatifs à l’organisation de la santé publique, notamment en son article 81, encadre cette question essentielle de santé reproductive. 

Que dit l’article 81 ?

L’article 81 de la Loi congolaise sur la santé publique dispose que toute personne en âge de procréer peut bénéficier d’une méthode de contraception, après avoir reçu les informations nécessaires et sur la base d’un consentement libre.

Ladite Loi distingue les méthodes réversibles et irréversibles. Pour une contraception irréversible, comme une intervention entraînant une perte définitive de la fertilité, les conditions sont plus strictes : le consentement doit être écrit et intervenir après les avis de trois médecins et d’un psychiatre. 

Cette disposition place ainsi l’information et le consentement au centre de la décision contraceptive. Cependant, la contraception ne concerne pas uniquement la femme. Elle interpelle également l’homme et, plus largement, le couple.

Le couple face à la contraception : entre dialogue et incompréhension

Dans de nombreux ménages congolais, la décision d’utiliser une méthode contraceptive n’est pas toujours facile.

Certaines femmes souhaitent espacer les naissances afin de préserver leur santé, de poursuivre leurs études ou leurs activités professionnelles, ou encore de mieux prendre en charge les enfants déjà présents dans la famille.

Mais certaines hésitent à en parler avec leur conjoint : « J’ai longtemps eu peur d’aborder le sujet avec mon mari »,témoigne Marie, mère de trois enfants. 

Pour elle, la contraception signifiait que :  « Je ne voulais plus avoir d’enfants. Pourtant, mon objectif était simplement de laisser du temps à mon corps après plusieurs grossesses. »

Son expérience illustre une confusion encore fréquente : utiliser une contraception ne signifie pas nécessairement renoncer définitivement à avoir des enfants. Plusieurs méthodes sont temporaires et permettent d’éviter ou de retarder une grossesse pendant une période donnée.

De son côté, Patrick, père de famille, estime que la contraception devrait être discutée à deux : 

« Au début, je pensais que c’était uniquement une affaire de femmes. Mais après avoir échangé avec un professionnel de santé, j’ai compris que la planification familiale concerne toute la famille. Lorsqu’un couple discute du nombre d’enfants qu’il souhaite avoir et de leur espacement, cela peut aider à mieux organiser la vie du ménage. »

Cette disposition soulève une question fondamentale. Comment préserver le dialogue dans le couple tout en respectant le consentement et l’intégrité de chaque personne ?

Pour les spécialistes de la santé reproductive, le dialogue reste essentiel : « La contraception ne devrait pas être une source de conflit dans le couple. Elle doit être abordée dans un esprit de discussion, de respect et de responsabilité partagée », estime un professionnel de santé.

L’avis médical : chaque méthode doit être adaptée à la personne

Les spécialistes insistent sur un point essentiel. Il n’existe pas une méthode contraceptive idéale pour tout le monde.

Pilules, injectables, implants, dispositifs intra-utérins, préservatifs ou autres méthodes, le choix dépend de plusieurs facteurs liés à la situation et aux besoins de chaque personne.

À Kinshasa, le Dr Wamba, spécialiste en santé publique et en santé de la reproduction, recommande de faire appel à un professionnel qualifié afin de choisir une méthode adaptée. 

Selon lui, la contraception permet notamment aux couples de décider du nombre d’enfants et de l’espacement des naissances souhaités. 

D’autres professionnels de santé en RDC, soulignent en pkusl’importance d’une consultation avant le choix d’une méthode contraceptive. Cette démarche permet d’informer la personne ou le couple et d’évaluer la méthode la plus appropriée à leur situation. 

Le message est donc clair : l’automédication et les conseils non professionnels ne devraient pas remplacer une consultation auprès d’un personnel de santé qualifié.

La contraception, une affaire de responsabilité partagée

Pour de nombreuses femmes, la charge de la contraception repose encore essentiellement sur elles. Pourtant, la santé reproductive devrait être une responsabilité partagée.

« Les hommes doivent également s’informer », soutient Jean, jeune père de famille. Et de poursuivre en guise de conclusion :  « On ne peut pas laisser toute la responsabilité à la femme. Le couple doit pouvoir parler de ses projets, de ses enfants et de son avenir.  En somme, la communication est susceptible de contribuer à réduire les tensions et les malentendus. » 

 

L'auteur

Éditrice Général, Fondatrice du Magazine Femme d'Afrique.

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