Pendant près de quarante minutes de discussion organisée ce samedi 10 octobre à Abidjan, par « Mèrvéille » sous le thème : ’’ Ce que nous aurions aimé savoir ’’, trois générations de femmes ont affirmé à l’unisson que la maternité est un inconnu auquel il faut se préparer. 

Réparties en cercle de discussion selon les tranches d’âges, soit de 18 à 25 ans, de 26 à 35 ans  et de 36 à 60 ans, les participantes  ont pu exprimer leurs craintes. Elles ont partagé leurs expériences, expliqué leurs attentes et bénéficié de recommandations des aînées et spécialistes de la santé mentale. 

Selon l’initiatrice de l’événement, Paul Ursule Koffi, cet espace d’échanges entre jeunes filles, femmes, mères et aînées, est le meilleur moyen de briser le tabou autour de la santé mentale, des réalités de la maternité et du silence : 

’’ L’événement réunit toutes les générations de femmes de 18 à 60 ans. Avec les plus jeunes, on parle plus de la perception de la maternité, des doutes, des peurs. On ne dit pas aux jeunes filles de tomber enceinte. Mais c’est un peu une éducation à la maternité: les nuits blanches, le corps qui change, le conjoint qui peut partir, la césarienne, la fausse couche et les défis financiers.’’

Et d’ajouter : 

’’ Avec les femmes déjà mères, elles parlent de ce qu’elles vivent au quotidien, la réalité qu’elles n’osent pas dire. Et la dernière génération, c’est-à-dire les femmes qui, au-delà de la maternité, sont aujourd’hui grands-mères, elles parlent de ce qu’elles ont vu, elles ont vécu.Elles font une rétrospective de ce qu’elles ont appris et auraient voulu savoir.’’

S’informer sur la maternité 

Les cercles de discussions par génération ont permis de briser la glace entre les participantes et les spécialistes. Au terme des échanges, chaque groupe a souligné la présence d’un silence transmis de génération en génération qui entraîne parfois des conséquences sur les expériences maternelles.

Jeanne Seri, 33 ans, mère de deux enfants, n’a pas eu la même expérience pendant ses maternités :  « Les expériences diffèrent d’une grossesse à une autre. Certaines expériences te donnent l’envie de faire plusieurs enfants. Par contre, d’autres sont des expériences traumatisantes qui te font oublier cette envie d’avoir un enfant avec les douleurs, les insomnies ’’, a-t-elle confié presqu’en larmes.

Notons que pour les participantes, et ce, d’une manière générale, le challenge des femmes ayant déjà fait la maternité, reste la guérison psychologique.

Les futures mères ont besoin de trouver des réponses aux questions liées à la maternité. Ainsi, les points clés soulevés dans les cercles de discussions se sont articulés autour de la guérison des traumatismes, la transformation du corps pendant avant et après la grossesse, les sacrifices à faire, la préparation psychologique et l’acceptation de soi qui devient souvent difficile.

Construire des relations mères-filles

La notion d’être une jeune fille, femme, mère, ainsi que responsable dans la société africaine, a été abordée par toutes les générations sous le regard avisé des spécialistes. 

Audrey Adou, mariée et mère de quatre enfants, a fait un constat amère : ’’ On s’oublie avec la maternité. On pense tellement aux enfants qu’on ne pense plus à soi. On doit savoir faire la part des choses en prenant soin de nous. Aujourd’hui, j’ai compris qu’on ne doit pas dissocier la vie de mère à celle de femme. Parce que notre bien-être, les enfants le ressentent. ’’ Prenant la résolution de prendre davantage soin d’elle .

Faisant partie des spécialistes de santé répartis par cercle de discussions, Brice Konan, psychologue clinicien, a trouvé cette initiative intéressante et encouragé à multiplier les éditions. 

’’ On a surtout des femmes qui se retrouvent entre elles et qui parlent librement, qui s’expriment, qui parlent de ce qu’elles ont vécu, au niveau de la maternité, ce qu’elles ont traversé comme difficultés, comme souffrance psychologique. C’est un canal qui brise le tabou et encourage celles qui hésitent à parler pour se libérer. ’’

Oka Ange, étudiante âgée de 25 ans, a estimé que les mères et les filles ont besoin d’espace d’expression sur les maternité et ses difficultés.

’’ Je trouve que les jeunes filles de maintenant doivent être informées sur la santé mentale et sur la maternité parce que le sujet est tabou. Nos mamans n’ont pas forcément eu la possibilité de pouvoir transmettre ce qu’elles ont vécu. Il faudrait aider les mères qui ont souffert à guérir de leurs blessures en leur donnant la possibilité de pouvoir dire que la maternité est difficile. Parce qu’elles sont obligées de se taire, juste pour ne pas être faibles, juste pour être de bonnes mères. Mais en secret, elles souffrent. ’’

Il faut soulever que les participantes, toute génération confondue, ont insisté sur la nécessité de se préparer à la maternité avant d’être engrossée. La réussite de cette préparation est possible par la construction d’un pont de transmission d’information entre les mères, les filles et  les grand-mères. 

Seleho Nahadjenin depuis Abidjan